Célibat et confiance en soi : quand les applications de rencontre influencent notre image
Combien de fois avez-vous regardé votre profil avant de vous demander : « Est-ce que je suis assez attirant(e) pour plaire? »
Être célibataire n’a rien d’exceptionnel. Pour certaines personnes, c’est une période choisie et épanouissante. Pour d’autres, elle peut être accompagnée de questionnements, particulièrement lorsqu’on souhaite rencontrer quelqu’un.
Avec la popularité des applications de rencontre, chercher l’amour passe de plus en plus par un écran. Quelques photos, une courte description, puis un geste vers la droite ou vers la gauche. Simple en apparence, mais cette façon de faire des rencontres peut parfois influencer la manière dont on perçoit son apparence… et sa valeur personnelle.
Quand quelques photos deviennent une question de confiance
Sur les applications de rencontre, les photos occupent une place centrale. Avant même d’échanger quelques mots avec une personne, notre profil peut être accepté ou écarté en fonction de quelques images.
Cette dynamique peut donner l’impression que notre apparence est constamment évaluée.
Une recension de 45 études scientifiques s’est intéressée aux liens entre l’utilisation des applications de rencontre, l’image corporelle, la santé mentale et le bien-être. Les résultats suggèrent que leur utilisation est associée à davantage d’insatisfaction corporelle et de préoccupations liées au poids, à la silhouette, à la musculature ou à l’apparence générale.
Pourquoi? En partie à cause de la comparaison.
En faisant défiler de nombreux profils, on est exposé à des photos soigneusement choisies, prises sous les meilleurs angles ou parfois retouchées. Sans même s’en rendre compte, il peut devenir facile de comparer son apparence à celle des autres.
Et plus on se compare, plus notre regard sur nous-mêmes peut changer.
Un « match » ne mesure pas votre valeur
Les applications de rencontre peuvent aussi créer une forme de validation instantanée. Un match peut faire plaisir et donner un petit boost de confiance. À l’inverse, peu de matchs, une conversation qui s’arrête brusquement ou un « ghosting » peuvent laisser place au doute.
On peut alors commencer à se raconter des histoires comme :
« Je ne suis pas assez attirante. »
« Personne ne s’intéresse à moi. »
« C’est sûrement mon apparence qui pose problème. »
Pourtant, un match ou un refus ne permet pas de mesurer la valeur d’une personne.
Les recherches sur les applications de rencontre soulignent d’ailleurs le rôle que peuvent jouer les expériences de rejet dans le bien-être psychologique. Lorsque ces expériences se répètent, elles peuvent contribuer à fragiliser l’estime de soi chez certaines personnes.
Il peut donc être utile de se rappeler que l’expérience vécue sur une application représente seulement une petite partie de la réalité.
Une photo ne montre pas votre humour. Un profil ne révèle pas votre gentillesse. Un match ne mesure pas votre capacité à écouter, à soutenir quelqu’un ou à créer une connexion profonde.
Votre apparence n’est qu’une partie de votre identité
L’image corporelle correspond à la façon dont nous percevons et ressentons notre propre corps. Elle peut être influencée par nos expériences, notre environnement et le regard que nous croyons que les autres portent sur nous.
Lorsque cette perception devient très négative, elle peut être associée à davantage d’anxiété, à une faible estime de soi et à des comparaisons fréquentes.
Pour cultiver une relation plus positive avec son corps, il peut être utile de ramener son attention vers l’ensemble de ce qui nous définit.
Vos qualités. Vos valeurs. Vos passions. Vos compétences. Vos relations. Votre personnalité. Votre histoire.
Vous êtes beaucoup plus qu’une photo de profil.
Et surtout, l’attirance ne se résume pas à des critères physiques. L’humour, la personnalité, les valeurs communes, la gentillesse, l’intelligence émotionnelle et la capacité à créer une connexion jouent également un rôle important dans une relation.
Quelques pistes pour préserver votre confiance
Les applications de rencontre peuvent être un outil pour faire des rencontres, mais elles n’ont pas à devenir un miroir de votre valeur personnelle.
Quelques réflexes peuvent aider à garder une certaine distance :
- Prenez conscience de vos comparaisons. Si vous remarquez que faire défiler des profils vous amène à vous comparer constamment, accordez-vous une pause.
- Rappelez-vous que vous voyez une sélection. Les profils présentent généralement une version choisie de la réalité, pas le quotidien complet d’une personne.
- Élargissez votre regard sur vous-même. Pensez à ce que vous aimez chez vous qui n’a rien à voir avec votre apparence.
- Ne laissez pas les matchs définir votre estime. Un intérêt ou un rejet sur une application ne résume pas votre valeur ni votre capacité à être aimé.
- Utilisez les applications à votre rythme. Si elles deviennent une source de stress ou de comparaison, rien ne vous oblige à y être constamment.
Être célibataire ne signifie pas être incomplet
Il est facile, lorsqu’on souhaite rencontrer quelqu’un, de finir par croire que notre vie sera plus complète lorsque cette personne arrivera.
Pourtant, votre situation amoureuse actuelle ne définit pas qui vous êtes.
Vous pouvez être célibataire et heureux. Vous pouvez souhaiter une relation tout en étant bien avec vous-même. Vous pouvez avoir envie de rencontrer quelqu’un sans faire de cette rencontre une mesure de votre valeur.
Votre confiance mérite de reposer sur quelque chose de plus solide qu’un nombre de matchs.
Cultiver une relation positive avec soi-même, reconnaître ses forces et prendre soin de son image corporelle peuvent contribuer à développer une confiance qui ne dépend pas entièrement du regard des autres.
Et cette confiance peut vous accompagner, que vous soyez célibataire, en couple ou quelque part entre les deux.
Article rédigé en collaboration avec Dre. Lory Zephyr, psychologue et fondatrice de Ça va maman
Référence : Bowman, Z., Drummond, M., Church, J., Kay, J., & Petersen, J. (2024). « Dating apps and their relationship with body image, mental health and wellbeing: A systematic review ». Computers in Human Behavior, 165.