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Mom rage : comprendre la colère maternelle sans culpabilité

Publié le 15 octobre 2026 à 9:48 / Mis à jour le 20 octobre 2026 à 14:17

Vous avez déjà eu l’impression que votre colère allait beaucoup plus loin que ce que la situation méritait?

Un enfant qui refuse de s’habiller. Une énième demande alors que vous êtes déjà épuisée. Un dégât à nettoyer quelques secondes après avoir rangé la maison. Et soudain, la colère monte. Très vite.

Vous criez, vous perdez patience ou vous avez l’impression de ne plus vous reconnaître.

Puis vient souvent la culpabilité.

Pendant longtemps, lorsqu’on parlait de santé mentale maternelle, on se concentrait surtout sur le baby blues et la dépression postpartum. Ces réalités sont importantes, mais elles ne représentent qu’une partie de l’expérience psychologique des mères.

Ces dernières années, le discours s’est élargi pour mieux reconnaître la diversité des émotions et des défis qui accompagnent la maternité. C’est dans ce contexte que le terme mom rage a gagné en popularité.

Qu’est-ce que le mom rage?

Le mom rage n’est pas un diagnostic reconnu. L’expression est plutôt utilisée pour décrire des épisodes de colère très intense, parfois accompagnés d’une impression de perdre le contrôle, puis de culpabilité ou de honte.

La colère, en elle-même, est une émotion normale. Elle peut apparaître lorsqu’une limite est franchie, qu’une situation nous semble injuste ou qu’un besoin important n’est pas respecté.

Mais certaines mères décrivent le mom rage comme une expérience différente de leur colère habituelle. Pendant un épisode, elles peuvent avoir l’impression de réagir beaucoup plus fortement qu’elles ne le voudraient et de ne plus se reconnaître.

Une étude publiée en 2023 auprès de 65 femmes américaines s’est intéressée à cette expérience. Les participantes ont notamment décrit des manifestations physiques comme une accélération du rythme cardiaque, une tension musculaire ou une sensation de chaleur intense.

Sur le plan comportemental, certaines ont rapporté avoir crié, lancé des objets, quitté la pièce ou ressenti une forte envie de réagir de façon agressive.

Et après?

La culpabilité et la honte peuvent rapidement prendre le relais.

Quand la colère laisse place à la culpabilité

Pour plusieurs mères, ce qui est particulièrement difficile n’est pas seulement l’intensité de la colère, mais le sentiment de contradiction avec l’image qu’elles ont d’elles-mêmes.

Elles veulent être patientes, aimantes et bienveillantes. Alors, lorsqu’elles crient ou perdent le contrôle, elles peuvent se demander :

« Pourquoi ai-je réagi comme ça? »

« Suis-je une mauvaise mère? »

« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à être plus patiente? »

Ces pensées peuvent alimenter un cercle de culpabilité et de dévalorisation.

Pourtant, un épisode de colère ne résume pas la qualité d’une mère ni l’amour qu’elle porte à son enfant.

Il peut plutôt être l’occasion de s’arrêter et de se demander ce qui se passe en amont.

Et si la colère était aussi un signal?

La maternité est souvent associée à des attentes élevées : être patiente, disponible, organisée, présente, bienveillante… et idéalement tout réussir en même temps.

À cela s’ajoutent les réalités bien concrètes du quotidien : manque de sommeil, charge mentale, responsabilités familiales, travail, sollicitations constantes et parfois manque de soutien.

Dans l’étude sur le mom rage, les participantes ne citaient d’ailleurs pas uniquement les comportements de leurs enfants pour expliquer leurs épisodes de colère. Elles parlaient également de fatigue, d’épuisement, de charge mentale, de manque de soutien et de responsabilités qui s’accumulent.

Et si, plutôt que de se demander « pourquoi suis-je aussi colérique? », on se demandait « de quoi ai-je besoin en ce moment? »

Ai-je besoin de dormir?

De quelques heures seule?

D’aide à la maison?

De parler avec mon partenaire?

De retrouver une activité qui me fait du bien?

D’être moins sollicitée?

Ces questions ne font pas disparaître la colère, mais elles peuvent aider à mieux comprendre ce qui se passe et à identifier les besoins qui se trouvent derrière certaines réactions.

Quelques pistes pour prendre soin de soi

Il n’existe pas une solution unique au mom rage. Chaque situation est différente. Toutefois, certains réflexes peuvent aider à mieux reconnaître ses limites et à prendre soin de sa santé mentale.

  • Reconnaître les signes avant-coureurs. Remarquez ce qui se passe dans votre corps lorsque la tension commence à monter : cœur qui accélère, muscles tendus, sensation de chaleur, irritabilité.
  • Prendre une pause lorsque c’est possible. S’éloigner quelques instants d’une situation peut permettre de retrouver son calme avant de réagir.
  • Nommer ses besoins. Fatigue, solitude, surcharge ou manque de soutien peuvent être difficiles à reconnaître lorsqu’on est constamment dans l’action.
  • Demander de l’aide. Partager certaines responsabilités avec son partenaire, sa famille ou son entourage peut contribuer à alléger la charge quotidienne.
  • Préserver du temps pour soi. Une activité, une sortie, une rencontre avec une amie ou simplement un moment sans sollicitation peuvent aider à retrouver un peu d’espace mental.
  • Consulter au besoin. Si la colère est fréquente, très intense ou vous fait souffrir, un professionnel de la santé peut vous aider à mieux comprendre ce que vous vivez et à trouver des stratégies adaptées.

Les mamans ont aussi besoin d’être soutenues

Le mom rage nous rappelle une chose importante : la santé mentale maternelle ne se résume pas à l’absence de dépression ou d’anxiété.

Les mères vivent une multitude d’émotions et composent avec des réalités qui peuvent parfois mettre leur équilibre à rude épreuve.

Il ne s’agit donc pas seulement de demander aux mères d’être plus patientes ou de mieux contrôler leurs émotions. Il faut aussi s’intéresser aux conditions dans lesquelles elles vivent : ont-elles suffisamment de repos? De soutien? De temps pour elles? Ont-elles accès à des ressources et à des professionnels qui comprennent les réalités de la maternité?

Parce que prendre soin de la santé mentale des mères, c’est aussi leur permettre de ne pas porter seules tout le poids de leur rôle.

Vous n’êtes pas une mauvaise mère parce que vous êtes à bout

La colère fait partie de l’expérience humaine, y compris de la maternité. Ce qui compte, c’est de pouvoir reconnaître ce qu’elle nous dit et de chercher du soutien lorsqu’elle devient difficile à gérer.

Vous pouvez être une mère aimante et avoir besoin d’une pause. Vous pouvez aimer profondément vos enfants et trouver certains moments extrêmement difficiles. Les deux peuvent être vrais en même temps.

Et parfois, derrière un « je n’en peux plus », il y a simplement une mère qui a besoin qu’on lui demande : « De quoi as-tu besoin? »

Article rédigé en collaboration avec Dre. Lory Zephyr, psychologue et fondatrice de Ça va maman


Référence : Billotte Verhoff, C., Hosek, A. M., & Cherry, J. (2023). « A Fire in my Belly: Conceptualizing U.S. Women's Experiences of “Mom Rage” ». Sex Roles, 88(11–12), 495–513.

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